Benoit ADAM
 

Benoit Adam traduit sa vision délirante et déformée de la réalité en personnages colorés évoluant dans un univers pas tout à fait adulte, pas tout à fait enfantin ; là où les cauchemars rejoignent la réalité et inversement. Ses dessins illustrent un blog collectif, baptisé Six Yeux, et sont parfois accompagnés de mots. Car Benoit Adam passe du pinceau à la plume, n’hésitant pas à les confondre parfois. Et lorsqu’il s’agit pour lui de se définir, les images se déchaînent bien au-delà du texte.

"Je suis né en avril, entre les brumes du cinquantenaire et les bronzes du square Ambiorix. En bref, dans la jungle. Il n’y avait pas de musique ce jour-là, ou peut-être quelques croches lancées par un merle repu. Pourtant, les couleurs sonnaient déjà. Et « c’est tôt pour la saison », m’a dit, bien plus tard, le bonhomme au chapeau melon. J’ai pris le bus, puis le métro. Aujourd’hui je prends le train. Faut pas que j’oublie l’eau du bain qui coule. C’est pour abreuver mes pâturages. Hier, je rêvais que je flottais sur les sels du bain à bulles et me dissolvais comme un sirop de grenadine. Les flots me manquent pour raconter. Pour tout repas, j’ai l’habitude de manger un plat de traits, épais, sur un lit de lignes fluides, suivi d’un émincé de serpentins et courbes soignées, mais pas de coquillages. Les fruits de mer, j’en raffole pas. Tiens, je ne vous ai pas dit, mais je ne joue pas de violon. Quand j’essaye je peine, alors je peins. Paraîtrait même que ça empêche le muguet de pousser… Au fond tout s’explique, mais c’est pas le moment.

Il y a quelques temps.... des figures ont passé le pas de ma porte. Elles ne m’ont pas salué, elles sont là chez moi. Je ne m’y suis pas opposé. J’ai pas dit non, alors elles ont pris place sur le papier de ma chambre, couchées. Quand je les réveille brusquement, elles se figent dans des expressions surprenantes. C’est alors que je prend le temps, place ma chaise à côté de ma tasse, chaude, molle et remplie et que je les regarde. Elles n’ont pas l’air de me reconnaître, malgré quelles habitent là depuis un bail. D’ailleurs, c’est moi qui le paye celui-là! Pas plus tard que tantôt, une des poules est venu me picorer les orteils. Ils sont pas tous beaux à voir ces caractères, déformés. Qu’est-ce qui leur a pris de devenir si peu harmonieux ? Parfois l’enfant qui sommeille en mon toit, apeuré, leurs redonne un peu de fraîcheur.

Il les arrose de jus de fraise au lait de vis, il parait que c’est bon pour la peau. Et puis Jacadi. Moi, parfois je les déshabille. Les jours pudiques je leur laisse quand même la feuille de vigne. Il y en a qui une fois nus s’écroulent, mais je suis pas maniaque et du coup ils restent tout tordus par terre. C’est étonnant. Le plus fou c’est le quelqu’un qui m’a demandé s’il pouvait emporter un de ces corps ramollis. José. J’ai pas dit oui tout de suite, on s’attache quand même à la longue à ces choses là. Finalement, José est parti avec, après l’accélération finale du tambour, juste avant que le rideau ne tombe. Rassurez vous je l’ai remplacé aussitôt."

Visitez son blog : www.sixyeux.com et son site www.badam.be

Pour lui écrire : badam@xo.be

 





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